Réponse à l'Eperon

N’ayant obtenu aucune réponse, ni même la moindre réaction de l’Éperon à ma demande de publication d’un droit de réponse — et ce malgré plusieurs relances — je me vois contraint de le rendre public ici, sur les réseaux sociaux, dans un simple souci d’information.

Souhaitant éviter toute réaction à chaud, j’ai pris le temps avant de me résoudre à écrire ces lignes, après la lecture du numéro 462 de l’Éperon. Ma perplexité ne date toutefois pas de cette seule livraison. Dès le numéro 460 (février–mars–avril 2025), j’avais été pour le moins surpris de constater que les articles consacrés aux poneys étaient signés par Sébastien Maillet, président de l’Association nationale du Poney français de selle. Faudrait-il alors s’attendre à voir demain le président de l’ANSF signer les pages consacrées à l’élevage du cheval de sport ? Comme si cela ne suffisait pas, ces mêmes colonnes avaient servi à promouvoir l’une de ses propres poulinières, photo à l’appui, dans un contexte dont la pertinence restait pour le moins discutable. La tentation, manifestement, était trop grande.

Jeunes Génétiques Syndicat Linaro

Dans ce numéro 462, le procédé se poursuit : si le nom de Sébastien Maillet apparaît encore, l’un des articles (pages 116 à 120) est cette fois signé par un certain Bertrand Falandry, inconnu du milieu. La supercherie m’est apparue au détour de conversations tenues sur un terrain de concours : un rédacteur de l’Éperon aurait été sollicité pour apposer sa signature sur un article proposé — et rédigé — par le président de l’ANPFS lui-même, avant de décliner.

Mon étonnement fut à peine moindre en découvrant, dans ce même numéro, une interview de Michel Guiot, président de la SHF — propriétaire de l’Éperon — au titre de son Haras de Talma. Il est vrai que l’on n’est jamais si bien servi que par soi-même.

Faut-il dès lors s’interroger ? Ce journal, qui a perdu depuis longtemps de sa substance au fil des années, aurait-il également renoncé aux règles élémentaires de l’éthique journalistique ?

Revenons toutefois à l’article consacré à la « jeune génétique », signé Sébastien Maillet sous le masque de Bertrand Falandry. Ce texte fait l’éloge appuyé d’une politique portée par l’ANPFS et financée en partie par des fonds publics, sous l’égide du Conseil national des chevaux. Il apparaît difficile de ne pas y voir une réponse à mon publi-communiqué du Syndicat Linaro — dûment payé — publié dans le numéro 460, et intitulé « Peut-on accompagner financièrement des actions négatives ? ». Cette étude, étayée et chiffrée, accompagnée de cinq tableaux statistiques incontestables, démontrait pourtant clairement que l’argent public pouvait être employé de manière bien plus pertinente.

Sommes-nous encore dans une démarche journalistique, ou avons-nous glissé vers une entreprise de justification systématique, voire d’endoctrinement ? Si je remercie l’auteur pour l’hommage rendu au Syndicat Linaro, je ne peux, au terme de cette lecture, qu’exprimer mon indignation face à une tentative de légitimation aussi vaine qu’opportune.
Comment peut-on sérieusement justifier une action aussi coûteuse — plus de 17 500 € pour une seule année — et aussi peu transparente, menée sur plus de vingt-cinq ans, pour un résultat aussi maigre : quatre étalons seulement ayant accédé aux championnats d’Europe ? Et ce, tout en laissant sur le bord du chemin de nombreux performers avérés, tout en offrant un marketing déraisonnable à cent quatre-vingt-treize étalons, dont à peine cent-trois ont connu une carrière sportive, promouvant ainsi quantité de reproducteurs très insuffisants par le biais de primes à la congélation et à l’utilisation.
Ces étalons à peine sortis de l’adolescence, n’ayant foulé aucun terrain de concours, ont été massivement utilisés par les éleveurs au détriment d’étalons pourtant disponibles, testés sur leurs performances ou sur leur descendance.
Il ne s’agit nullement d’une action favorable au développement de l’élevage ; il s’agit, au contraire, d’un frein au progrès génétique. Pourquoi ? Parce que l’évaluation réelle de l’aptitude d’un étalon de CSO à transmettre des qualités sportives est un processus long, qui se mesure sur de nombreuses années. On ne sait que très tard lesquels s’imposeront véritablement comme améliorateurs. Croire qu’il serait judicieux d’accélérer ce processus dès le plus jeune âge des étalons approuvés relève d’une erreur fondamentale — du moins en CSO. La logique est différente en dressage, et encore autre en concours complet.

En CSO, contrairement à ce que certains scientifiques ont voulu faire croire — en nous vendant le BLUP comme outil de sélection, pour le plus grand malheur de l’élevage de chevaux de sport, heureusement délaissé par la majorité des éleveurs sérieux — rien ne permet d’affirmer que le progrès génétique implique que les fils surpassent systématiquement leurs pères. Les chefs de race ne sont pas nécessairement issus de lignées exceptionnelles, et leurs frères et sœurs se révèlent souvent de médiocres reproducteurs. Heartbreaker avait-il une mère ou une fratrie remarquables ? Existe-t-il aujourd’hui un fils de Diamant de Semilly capable d’égaler son père au haras ? Quel étalon poney produit des champions avec la constance vertigineuse de Kantje’s Ronaldo SL ou de Kanshebber ? Qui aurait pu prédire que Dexter Leam Pondi, issu d’une souche maternelle sans éclat du point de vue des références sportives à haut niveau, deviendrait un chef de race ? Ne serait-ce qu’un seul de ses fils semble-t-il prendre le chemin du père en termes de qualité de production ?

On entend fréquemment que la génétique ne représenterait que 35 % de la réussite sportive. Cette moyenne est dénuée de sens. Pour certains reproducteurs, ce chiffre est bien inférieur ; pour d’autres, il est largement supérieur. Ce qui importe, c’est d’identifier ceux qui transmettent, plus souvent, plus généreusement et sur le plus large éventail de juments, les qualités nécessaires au CSO. Tester largement est une ambition compréhensible. Mais combien atteindront le niveau de Kantje’s Ronaldo SL, Linaro SL, Welcome Sympatico SL, Leadership, Kanshebber ou Dexter Leam Pondi ? Et combien de générations sacrifiées sur l’autel de cette politique ?

Dans un monde d’éleveurs parfaitement rationnels, rigoureux et cartésiens, une telle démarche, strictement encadrée, pourrait peut-être se défendre. Mais ce n’est pas la réalité. En l’état, cette politique est tout simplement toxique.
Encourager massivement ces jeunes étalons revient à inviter les éleveurs à jouer à la roulette russe, dans l’espoir que 10 % d’entre eux deviennent un jour de bons reproducteurs, et qu’au terme de vingt-cinq années de sponsoring par l’ANPFS et le Conseil des chevaux, l’un d’eux accède au rang de chef de race — ce qui, de toute manière, serait advenu sans aucune politique de « jeune génétique ».

Les faits sont là : seuls quatre étalons issus de ce programme ont atteint les championnats d’Europe (Quabar des Monceaux, Alto de Fougnard, Champagne d’Ar Cus et Dimsoum du Montceau), dont trois sont issus d’étalons SL et dont un seul, peut-être, Alto de Fougnard, semble présenter un réel intérêt en tant que reproducteur. Dans le même temps, un nombre supérieur d’étalons y est parvenu sans jamais avoir été détecté par ce dispositif (Rexter d’Or, Rominet de Bruz, Rohirrim Palija, Vertige de Belebat, Uhelem de Seille, Etuncelan du Chapelan, Figo de Florys…).

Le programme de la jeune génétique n’a donc rien apporté à la détection des talents. Non, définitivement non : la promotion de la jeune génétique ne constitue pas l’avenir d’un stud-book très majoritairement orienté vers le CSO.

Jean-Marc Lefèvre
Gérant du Syndicat Linaro